Priorités françaises pour la décennie des sciences océaniques : Rapport du CIMER de janvier 20121

Extrait du rapport du dossier de presse de Janvier 2021 du Comité Interministériel de la Mer (CIMER) en charge de la coordination de la politique maritime de la France avec les différents ministères impliqués depuis 2015 sous la présidence du Premier ministre.

Dossier de presse complet : https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2021/01/dossier_de_presse_comite_interministeriel_de_la_mer_-_22.01.2021.pdf

Commentaire de la Hus sur l’absence d’aucune référence à la recherche sur l’immersion humaine dans les arbitrages de l’exécutif sur les orientations technologiques de notre pays.

Un manque d’intérêt qui conforte l’idée d’un problème récurrent d’une perception limitée et mal comprise des enjeux qui y sont associés par les acteurs auxquels ils se réfèrent pour leurs arbitrages.

 
Je vous invite à prendre connaissance de ce document élaboré à l initiative du SG mer avec le concours des groupes industriels développant les technologies associées et les institutions généralistes des sciences océaniques, pour défendre une stratégie pour la France d’ exploration et d’ exploitation des grands fonds.
 
Une très bonne dynamique est enclenchée, et nous pensons qu’il faut aller encore plus loin, en réintégrant au sein de cette feuille de route une dimension jusque là injustement évincée. Mon propos est devenu encore plus pertinent à la lecture des priorités énoncées. Il apparait sage en effet, pour donner corps à de telles ambitions, que la puissance publique se dote d’un outil indépendant qui élargisse son champs d’intervention à toute la communauté scientifique et non pas seulement à ceux qui gravitent autour des sciences océaniques en lien étroit avec nos fleurons industriels. 
 
Cette sagesse voudrait qu’on mette en oeuvre une stratégie parallèle à ce champs thématique au travers d’une agence publique dédiée, dont les critères de réussites tiendront notamment dans le fait de pouvoir évoluer indépendamment des acteurs classiques, ceux-là même qui ont renoncé à s’occuper de ce champs disciplinaire si particulier dont peu de personnes ont une expérience polyvalente. 
 
 

 

Ces ambitions ne peuvent s’affranchir de deux éléments qui doivent venir compléter ce plan d’action.

 

1. Un programme relatif à l’immersion humaine et son agence dédiée :  

 
 
L’immersion et la grande profondeur sont deux problématiques imbriquées et complémentaires qui méritent pourtant des traitements distincts. La grande profondeur rajoutant des contraintes déjà nombreuses à l immersion qui a elle seule recèle un potentiel de résilience économique et scientifique gigantesque. L’exploitation des ressources minérales de grands fonds n’a rien à voir avec cette thématique sinon qu’elle déplace le problème.
 
 
 
Rq : On ne parle pas là spécifiquement de grands fonds. On parle de l’immersion, des problématiques de pénétration de l’homme dans l’eau. Il est important  de distinguer ces deux points trop souvent confondus. Les grands fonds rajoutent des contraintes en terme de facteurs limitant à l’immersion: des contraintes de pression, de visibilité, de température, d’acidité, d’environnement physico-chimique en général. Si nous avons échoué jusqu’à présent à faire avancer cette thématique, c’est qu’elle a toujours été posée en ces termes ,voulant tout résoudre en même temps. Avant d’aller au fond, il faut traverser les premiers mètres d’eau…et c’est de cette question dont nous souhaitons voir émerger de nouveaux paradigmes, de la relation entre la vie et l’eau. Si nous voulions faire un parallèle avec l’espace, nous dirions que les programmes  d’exploration et d’exploitation des grands  fonds marins sont les seuls sujets intéressant les groupes industriels d’hier et d’aujourd’hui car il faut construire de nouvelles machines pour y pénétrer  et pour  en exploiter les ressources alors qu’à ce jour ,aucune industrie ne saurait comment tirer profit de recherches sur l’immersion humaine. Nous dirions que nous voulons étudier l’homme en apesanteur, dans le vide spatial ou sur la Lune, déjà à notre portée, alors que ces groupes industriels ne sont intéressés qu’à construire les machines qui nous permettront d’exploiter les resources d’une planète encore inaccessible. Le potentiel de résilience économique et scientifique de cette dimension est pourtant  bien plus général que ces intérêts de spécialités. Au delà de ces dernières, elle implique l’ensemble des sciences de la vie et de la terre, la médecine et la physique en particulier, mais aussi les énergies renouvelables, les matériaux, les membranes, les échanges gazeux….Ce potentiel n’ émergera que lorsqu’une décision politique sans équivoque s’engagera dans cette voie.  C’est cet angle de vue qui doit faire l’objet d’une approche globale, la vie humaine sous-marine est une affaire de société. La défense, quant à elle, trouverait intérêt dans les deux angles de vue. 
 
 
 
La question est : où place-t -on la problématique ?, quel doit être le centre de la réflexion? Pour les industriels du secteur et la plupart des spécialistes des sciences océaniques qui s’y sont ployés, seul le sujet de l exploitation des fonds est digne d’intérêt, plus précisément ,digne de générer des fonds de recherche. Ils sont aujourd’hui formatés pour ne pas croire qu’il est possible de créer de la valeur autrement. Ils ne font pas la distinction entre immersion et grande profondeur pourtant, il est essentiel de créer les conditions de l émergence de nouveaux paradigmes dans la relation entre la vie et l ‘ eau, une des seules vraie alternative imaginable à l avenir trans-humain que l ‘on nous promet robotique. Permettre à des centaines de scientifiques de toutes disciplines de séjourner dans le milieu subaquatique permettra  des avancées exponentielles sans commune mesure avec les premières informations que pourront nous apprendre les robots de ces industries qui ne doivent incarner rien d’autre que des éclaireurs. On ne peut s’affranchir de l’étape présencielle.
 
  • La création d’une ou plusieurs station(s) nationale(s) ou européenne(s) pour accueillir des chercheurs de toutes disciplines dotée(s) d’un volet environnemental, social, humanitaire apparait dans ce contexte comme une évidence pour combler notre retard sur notre course à la connaissance. Les entreprises en question ,quant à elles, pour ce qui concerne ces projets publics, doivent être sollicitées via des appels d’offre incluant un critère de préférence nationale, mais ce n’est pas leur rôle de tout incarner dans cette nouvelle stratégie. Ce n’est pas le rôle d’institutions ,dont les missions sont de plus en plus larges, d’assumer toutes les missions. La défense du territoire et l’ exploitation des ressources ne doivent pas guider exclusivement la politique en matière d’usage de l’espace sub-aquatique. C’est l’occasion pour le politique de se préserver un champs disciplinaire non revendiqué par des groupes industriels et de conserver quelques prérogatives en matière d’arbitrage d’orientation technologique. 
  • Ce champs disciplinaire dédié à la vie sous-marine a pour ambition de créer les moyens d’exploiter la contrainte expérimentale que constitue l’adaptation humaine au milieu sub-aquatique et se doit d’être incarné au plus haut niveau de l’Etat pour être entendu. C’est à la puissance publique que revient le devoir de décider des outils à créer pour la communauté, de créer les entités chargées de leur normalisation et d’en déterminer les limites d’usage. 
 
A ce programme que nous appelons de nos voeux est adossé une stratégie d’aménagement du territoire qui pourrait accueillir de nombreuses stations d’essais, de démonstrations pour les scientifiques, les ingénieurs, la médecine et la physique, des lieux  de  sensibilisation du grand public en milieu naturel dans nos criques, nos bases sous-marines, nos carrières, nos villes fluviales ou côtières.
 
 

2. Un organisme public régissant l’espace sous-marin.

Chargé d’organiser cette filière, de normaliser ses prouits et leurs usages dans le milieu et de contrôler son exploitation. Celui-ci permettra également d’anticiper les critiques internationales que les futures décisions françaises d’exploitation des fonds marins susciteront.

 
Rq : Pour compléter cette argumentation et même si cette thématique n’était pas à elle seule suffisamment considérée (alors que tous les spécialistes de la physique moderne vous confirmeront que c’est pourtant une des contraintes expérimentales la plus universelle), il est à considérer que pour anticiper le risque d’un tollé international du fait d’un engagement sans contrôle de la France sur un programme d’extraction des ressources de grand fond, il pourrait être prudent que l ‘Etat se dote d’un outil institutionnel spécialisé destiné à contrôler et encadrer le travail des consortium privés qui portent ce projet ,pour assurer la crédibilité de sa stratégie et en modérer les ardeurs. Il convient également que cette entité préserve sa capacité à décider  des technologies et à se développer en toute indépendance, pour ne pas laisser le soin à ces seules compagnies, de décider des orientations technologiques de notre pays (sachant que l’usage et désormais la norme, consiste à ne s’employer à développer une technologie que si une industrie, aux motivations court-termistes par nature, la co-finance). 
 
Attention à ne pas reproduire les erreurs du passé si nous ne voulons pas accélérer les dégâts de notre mode de croissance. Il est essentiel d’élargir le champs d’intervention de cette approche qui ne doit pas être exclusivement industrielle.Tous les autres segments de l économie pourraient en bénéficier. L’exploration des grands fonds ne doit être que la partie d’une stratégie plus globale qui ne met pas à l’écart le reste du monde, sans égard ni pour la communauté scientifique (hors intérêts  de spécialités), ni pour la communauté médicale, ni pour les autres usagers de l’espace  sub-aquatique, entre autres le grand public.Une stratégie qui se doit d’ impliquer bien d’autres sciences que les « sciences océaniques ».
 
 

PROPOSITION D’AJOUT AU DOCUMENT CADRE DU CIMER ET POUR LA PROCHAINE MOUTURE.

 

Aux  4 mesures phares du CIMER décidées en janvier 2021 et à l’ambition de ce programma pour la mer :

 
1. Adopter la stratégie nationale portuaire
2. Adopter une stratégie pour les grands fonds marins
3. Déploiement des énergies renouvelables
4. Relancer la filière maritime et portuaire
 
…Il conviendrait d’adjoindre une dimension humaniste, une stratégie parallèle pour compléter ce formidable engouement de la France pour ce que son espace maritime a à offrir : « Adopter une stratégie en matière de vie humaine sub-aquatique « .Une approche globale faisant appel à une transversalité inédite, dotée d’un volet scientifique, économique et diplomatique impactant l’ aménagement du territoire.
 
 

Aux mesures environnementales et à celles décidées pour la recherche : 

 
1. Adopter une nouvelle stratégie d’exploration et d’exploitation des ressources minérales des grands fonds marins.
2. Positionner la France dans les instances de gouvernances de la décennie des Nations-Unies pour les sciences océaniques au service de développements durables.

 il serait appréciable d’ajouter : « Créer une agence dédiée à l’immersion humaine et à ses enjeux pour l’ensemble de la société dotée d’un volet national et européen. « 

 

Aux priorités françaises pour la décennie des sciences océaniques : 

 
– la prévision de la réponse de l’océan aux changements climatiques.
– l’exploitation durable de l’océan et la préservation de sa biodiversité et de ses services écosystémiques.
– la réduction de la pollution océanique.
 
il serait appréciable d’ajouter une démarche transverse qui ne se limite pas aux sciences océaniques ni aux seuls usages océaniques ,mais qui soit élargie à l’ensemble des disciplines scientifiques :
– La création d’outils pour mettre le milieu sous-marin à la portée de l’ensemble de la communauté scientifique.
– La création des conditions d’émergence  de nouveaux paradigmes dans la relation que l’homme entretient avec l’eau et sur l’adaptabilité de l’homme aux conditions de milieux sub-aquatiques.
 

A l’organisation prévue pour mettre en oeuvre ces mesures :

 
Il est prévu qu’elles soient mises en oeuvre sous la direction du SGMer (premier Ministre), qui décide d’un comité de pilotage interministériel et de groupes de travail animés par l’IFREMER et impliquant seulement 3 autres institutions (Le Shom, lFP Energie nouvelles et l’Institut Paul Emile Victor).
 
La place du ministère de la mer ou celui de la recherche est diluée au sein d’un comité de pilotage pluri-ministériel très large. Cette nouvelle stratégie pourrait être l’occasion de leur en transférer la compétence.
 
Enfin, on peut déplorer également qu’aucun effort n’est mis en oeuvre concernant la sensibilisation du grand public, aucun volet socio-éducatif n’est associé à ces mesures.
 
 

CONCLUSION

 
 
Cette agence publique dédiée à la vie humaine sub-aquatique pourrait devenir la mission essentielle du ministère de la mer , qui semble faire double emploi avec le SGMer du premier ministre et finalement incarner cette dimension complémentaire de notre politique nationale. Il s’agirait d’Intervenir avec le ministère de la recherche, de la santé, en inscrivant en complément des 4 tendances retenues dans cette ambition.
 
 

Un programme dédié à l’immersion humaine au sein d’une agence pluridisciplinaire indépendante qui lui serait dédié, permettrait notamment à la France :

 
  • d’épouser une vision sociétale et humaniste , d’adosser au programme d’’exploration et d’exploitation des fonds marins, un volet complémentaire sur l’ exploration des différents domaines de l’immersion humaine.
  • d’adosser au plan d’aménagement du territoire, en sus des dispositions liées à la stratégie portuaire, un programme d’aménagement des bases sous-marines, des carrières et certaines côtes pour y déployer des stations ad hoc.
  • de mener une stratégie de niche accompagnant l’ensemble de la stratégie maritime ,en avançant parallèlement à celle-ci, capable de l’accompagner  et lui faire surmonter les obstacles politiques et réglementaire sur lesquels elle pourrait buter à l’international.
 

Ce que représente cette vision :

 
 
  • Une dimension oubliée et pourtant complémentaire sous tous ces aspects à l’ambition maritime française, en parallèle des grands programmes militaro-industriels. (Militaires qui avaient pourtant  ,jusqu’à linter-militarisation des armées, un des meilleurs services dédiés à la médecine hyperbare dans le monde et dont il ne demeure plus qu’un laboratoire d’une 20 aine de personnes à l’ERRSO dont un représentant était présent à notre premier workshop et pour lesquels j’ai une trés grande estime.
  • Un champs thématique outsider exploitant une transversalité inédite au sein de nos institutions.
  • Un outil au service d’une vision de la recherche plus large que les « sciences océaniques » pour offrir à l’ensemble de la communauté scientifique l’accès au milieu et mettre  en oeuvre une politique scientifique inédite dotée d’un important volet médical et environnemental d’une approche complémentaire à ce qui s’annonce.
 

Objet :

 
 
  • Traiter les problématiques de l’immersion sans se concentrer sur la grande profondeur déjà planifiée.
 

Condition de mise en oeuvre :

 
  • Une direction nécessairement indépendante et une mise en oeuvre « agile » ,en rupture avec ce qui a déjà été fait jusqu’à présent ,chargée de mettre en oeuvre la feuille de route qui sera votée pour gérer la recherche, le développement de filière  et la sensibilisation.
  • La création d’un outil ad hoc sous la direction de la première, pour exercer une influence et agir auprès des organisations internationales en parallèle des grands programmes.
 
Je vous remercie pour votre intérêt et vous invite à nous faire part de vos remarques. Nos réflexions n’ont pour but que de faire réagir ceux pour qui cette thématique est mal appréhendés, ceux qui n’en comprennent pas les enjeux, ceux pour qui cette vision se limite à une fantaisie utopiste, ceux qui ne comprennent pas qu’en matière de recherche c’est bien la qualité de la contrainte expérimentale qui régie le nombre des découvertes générés. Que dans ce cas ce n’est pas la finalité d’une vie sous-marine qui est l’objectif, mais bien le chemin à tracer qui est rechercher. C’est d’exploiter un nouveau prisme d’accès à la connaissance, de créer les conditions d’émergences de nouveaux paradigmes pour nos chercheurs, de déployer de nouvelles filières de nouveaux, de nouveau relais de croissance, de nouveaux moyens de répondre aux conséquences de l’évolution du climat et d’autres enjeux encore sur lesquels nous nous ferons un plaisir d’échanger.
 
Moniteur de plongée, médecins, chercheurs, ingénieurs, nous menons cette réflexion depuis plus de douze ans déjà et chaque année nous renforce dans nos convictions; Il est urgent désormais de relancer cette dynamique avant que le milieu ne soit tellement détérioré que nous ne puissions plus y assurer une présence.
 
On ne peut renoncer à assurer une présence humaine sous-marine au prétexte qu’il existe des robots pour nous remplacer.

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